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Crédit photo Noëlle Saugout
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Avec un corps puissant, une
peau épaisse et
une
vitesse de
près de
50 km/heure,
le rhinocéros ne
craint
pas les
prédateurs. En
revanche,
il est tué
pour
sa corne,
transformée en objets d'art, ou
utilisée
par les Chinois
et les
Vietnamiens
pour
ses soi-disant vertus médicinales.
Cet
appendice
est également perçu comme un symbole de statut social élevé, de
richesse ou
bien
comme
un investissement, car
il
prendrait beaucoup
de
valeur si l’espèce
s’éteignait. Voilà
pourquoi les rhinocéros, apparus depuis 55 millions d’années,
sont à présent en danger d’extinction.
Au
cours du XIXe siècle, on trouvait plusieurs centaines de
milliers de rhinocéros noirs en Afrique. Chassés en grand nombre,
ils n’étaient plus que de 65 000 au début des années 1970.
Fin
2022, le nombre de rhinocéros recensés était de :
-
15 942 pour
les
rhinocéros
blancs ;
-
6 195
pour les
rhinocéros
noirs ;
-
4 014 pour
les
rhinocéros
à une corne ;
-
34 à 47 pour
les
rhinocéros
de Sumatra ;
-
76 pour
les
rhinocéros
de Java ;
Lutte
contre le braconnage
Ces chiffres en constant déclin indiquent que des mesures doivent être prises de toute urgence pour sauver ces animaux emblématiques. Or,
depuis 2008, le nombre de rhinocéros braconnés est en constante
augmentation, passant de 15 par an entre 1990 et 2007, pour atteindre
le chiffre record de 1 349 en 2015.
Pourquoi
une telle escalade ?
Les
organisations criminelles utilisent des stratégies de marketing pour
augmenter les prix de la corne. Il y a une quinzaine d’années par
exemple, une rumeur a circulé selon laquelle un haut fonctionnaire
du gouvernement vietnamien aurait été guéri d'un cancer après
avoir utilisé de la corne de rhinocéros en guise de médicament.
Bien
que cette histoire n'ait jamais été confirmée, la demande a
explosé et le prix sur le marché noir peut varier entre 20 000 et
60 000 $ le kilo, soit jusqu’à 300 000 $ la corne.
La
criminalité liée aux espèces sauvages n’est pas l’apanage
d’un seul
pays. C’est
la raison pour laquelle une approche
internationale est nécessaire, d’autant
plus que le
commerce illégal de la corne de rhinocéros finance les
armes de guerre des terroristes.
C’est
pourquoi le
braconnage des rhinocéros a
été
classé
« crime
prioritaire » par
les États-Unis et l’Afrique du Sud,
accroissant ainsi
son
importance dans le système juridique.
Le
braconnage nuit
également au
tourisme durable car la
disparition de ces
animaux emblématiques réduit l’attractivité des parcs naturels
et des réserves, une source de revenus essentielle pour de nombreux
pays.
On
compte jusqu’à six cas
de braconnage par jour dans le parc national Kruger, le plus grand
parc national d'Afrique du Sud. Des chasseurs
y pénètrent
illégalement et attendent la nuit
pour partir à la
recherche des rhinocéros.
Les
efforts de lutte contre le braconnage s’étant
renforcés, les
chasseurs ont
tendance à changer fréquemment de stratégie pour dérouter les
rangers. Les
autorités ont à présent recours à diverses méthodes de
protection telles que :
–
Un décornage
préventif et la pose d’un
émetteur dans la souche de
la corne pour suivre ses
déplacements (mesures
recommandées
par l’Union
internationale pour la conservation de la nature).
–
Des patrouilles en hélicoptère et des réseaux d'informateurs.
–
Des brigades cynophiles équipées de chiens de patrouille, de chiens
de piste et de chiens de meute pour poursuivre les braconniers.
–
Des bases de données ADN pour assigner en justice et faire condamner
les braconniers.
–
Des campagnes pour réduire la demande dans les principaux pays
consommateurs.
Les
organisations criminelles exploitent les plus défavorisés qui
vivent autour des réserves animalières et les utilisent souvent
pour la partie la plus dangereuse du braconnage. Malgré le risque
d’être abattus ou arrêtés, ils ne perçoivent que 10 % du
prix de vente de la corne.
Le
taux de condamnation des braconniers n’étant que de 30%, des
efforts considérables sont déployés pour améliorer le système
juridique. Les scènes de crime sont à présent préservées afin
d’y trouver des indices et que justice soit rendue.
Faut-il légaliser le commerce des cornes ?
Les
défenseurs de la nature sont parfois soumis à d’énormes
pressions pour résoudre rapidement des problèmes majeurs, et les
solutions prises à la va-vite peuvent avoir des conséquences
désastreuses.
Au
sein même des associations de protection de la faune sauvage, les
avis sont partagés : certains souhaitent légaliser la vente de
cornes sur les marchés de l’Est, estimant que le commerce légal
ferait chuter les prix et mettrait fin au braconnage. D’autres ont
la certitude que ces ventes légales relanceraient la consommation et
que, comme ce fut le cas pour sauver les éléphants, des marchés
parallèles se développeraient.
En
examinant le pour et le contre, on peut constater que la légalisation
du commerce pourrait avoir les avantages suivants :
-
L'argent récolté grâce aux ventes pourrait être réinvesti dans
les efforts de lutte contre le braconnage ;
-
La demande, satisfaite par des ventes légales, permettrait de
contrôler l'activité ;
-
L’offre pourrait inonder le marché et démotiver les braconniers.
Cependant,
la légalisation
de la vente de cornes de rhinocéros
soulève de nombreuses
inquiétudes :
-
Le marché peut-il vraiment être contrôlé ?
-
L’étendue de ce marché est-elle correctement évaluée ?
-
Existe-t-il suffisamment d’études scientifiques solides et
impartiales pour prouver son efficacité ?
-
La Chine, le Vietnam et
l’Afrique du Sud, étant
des
pays très
mal classés sur l'indice de perception de la corruption (IPC),
peut-on
leur
faire
confiance pour gérer un commerce visant
à réduire
le
braconnage ?
Il
semble en effet peu probable que les organisations criminelles,
spécialisées dans le commerce illégal d’espèces sauvages,
d’êtres humains, d’armes et de stupéfiants abandonnent
soudainement un commerce aussi lucratif.
Et
quelles
seraient les conséquences de
cette
législation
?
–
Si
l’argent,
issus du commerce légal, était réinvesti dans les communautés
locales et dans
les
efforts de conservation, cela pourrait
contribuer
à améliorer
la situation.
Cependant, comme
ce
tarif
n’est payé qu’en
fin
de parcours,
lors
de la vente,
le
bénéfice serait minime
après la déduction des frais (producteur,
transport, douane, etc.).
– Lorsqu’une
stratégie similaire a été tentée en 2008, par le biais de la
vente légale de 102 tonnes d’ivoire d’éléphant, elle a eu
l’effet inverse de celui escompté en produisant une augmentation
massive du braconnage des éléphants (30 000 par an). Sachant qu’il
est impossible de distinguer l’ivoire illégal de l’ivoire légal,
les organisations criminelles en ont profité pour écouler leur
stock. Pourquoi le commerce de cornes de rhinocéros
fonctionnerait-il différemment ?
–
Si
5 % du marché chinois n’utilisaient que 5 grammes de corne de
rhinocéros par personne et par an, il faudrait obtenir
461 tonnes de corne de rhinocéros par an pour répondre à la
demande. Or,
même
en prélevant
60 % des
cornes
de rhinocéros
disponibles
en
Afrique du Sud, cela
ne donnerait
qu’une
quarantaine
de
tonnes tous les deux ans. Cela
pourrait au contraire accroître
la demande, offrir des opportunités de blanchiment d'argent et
compliquer la tâche
des forces de l'ordre à distinguer les sources légales des sources
illégales.
Il n’en reste pas
moins que les consommateurs qui s’en procurent sont floués car la
corne
est principalement composée de kératine, comme
nos
cheveux et nos ongles, sans
aucune
vertu médicinale.
Réduction
de la demande
La
réduction de la demande de cornes de rhinocéros passe par des
campagnes de changement comportemental des consommateurs.
L’association WildAid, spécialisée dans ce domaine, a signalé
une réduction de 60 % de la consommation de soupe d’ailerons de
requin, grâce à leur campagne pour l’interdire dans les
événements officiels.
Avec
une certaine volonté politique, il est possible de modifier des
coutumes ancestrales profondément ancrées. Cette sensibilisation
est une solution à long terme, mais essentielle dans la protection
des rhinocéros car, sans demande, pas de braconnage.
Et
si les gouvernements africains exercent une pression économique sur
les Chinois, ces derniers cesseront peut-être de décimer la faune
sauvage et plus spécifiquement, les rhinocéros.
Les
solutions d’Écologie
coopérative
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Lawrence Anthony à Thula Thula (2010)
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«
Nous sommes tous responsables de notre
famille, de nos amis et de notre travail, mais l'existence ne se résume pas qu’à cela.
Nous devons remettre
la nature au centre de notre vie et
comprendre que cela n’est pas un idéal noble, mais un élément
essentiel à
notre subsistance. »
Dr Lawrence Anthony, fondateur de LAEO.
Consciemment
ou non, tout
organisme
vivant essaie de
survivre, quelle que soit l’espèce. Comme personne
ne peut y parvenir
seul,
il est de notre
devoir de protéger la
planète si nous voulons assurer notre propre
survie.
Il
s’agit là d’un phénomène naturel : si les animaux, les
plantes et tout ce qui nous entoure sont en bonne santé, nous ne
nous en porterons que mieux. Par conséquent, lorsqu’un impact
affecte notre environnement,
il est important de comprendre la situation avant
d’agir. C'est la raison pour
laquelle nous souhaitons sensibiliser à l'un des problèmes
majeurs auquel nous sommes confrontés : le déclin de la faune
sauvage, et notamment des rhinocéros.
Il
existe de nombreuses façons
d’enrayer
ce
fléau.
Au-delà des
lois pour
empêcher
le trafic d’espèces sauvages,
nous pouvons adopter certains
gestes
qui
contribuent
à
la
protection de
la biodiversité tels que :
–
Informer
son
entourage
et
sensibiliser les enfants sur
les
conséquences
du braconnage ;
–
Proscrire
l’achat
d’objets
issus
de la
corne de rhinocéros
ou
de toute
espèce menacée ;
–
Soutenir
toute association œuvrant pour la protection de la faune sauvage
;
–
Devenir
ambassadeur d’Écologie Coopérative (infos
ici).
L'ambassadeur
d’Écologie coopérative
Un
ambassadeur est une personne qui donne le bon exemple en appliquant
les principes d’Écologie coopérative dans sa propre vie et qui
explique ce concept aux autres en les encourageant à les appliquer.
Le meilleur moyen de faire comprendre une idée est de donner
soi-même le bon exemple.
En
devenant ambassadeur d’Écologie coopérative, vous rejoignez une
équipe gagnante qui œuvre pour la sauvegarde de l’environnement
et pour un avenir durable.